Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/05/2024

"Crosetto : "Il est impensable que Poutine arrive à Kiev.""

FI-AN.jpg

Italie. Revue de presse. 

La visite à Paris du Président chinois Xi Jinping fait la Une de la Stampa : « Xi en Europe, le défi lancé à l’Amérique ». Enfin, les réactions à un éventuel envoi de troupes en Ukraine continuent d’alimenter certains journaux : « Crosetto (Frères d’Italie) : « il est impensable que Poutine arrive à Kiev » » (Messaggero), « Ceux qui soufflent sur les braises pour une troisième guerre mondiale - Macron et d’autres pays de l’Otan font pression pour une escalade contre Poutine » (Fatto).  

ENTRETIEN, Il Messaggero, de Guido Crosetto (Frères d’Italie), ministre de la défense : "Poutine à Kiev ? C’est impensable. Si la Russie conquiert l'Ukraine, personne ne se sentira en sécurité » par Mario Ajello : « Q : N’y a-t-il pas deux courants en Europe sur la ligne à tenir face à la Russie ? R : Je ne dirais pas qu'il y a deux Europes. Il y a des pays différents qui parlent différemment. Le problème, c'est que c'est plutôt l'Europe qui n'a pas de voix unique. Non pas par manque de volonté, mais parce qu'il n'y a pas d'Europe politique. Il y a un continent qui s'est uni au fil des ans sur l'euro et quelques interventions bureaucratiques et pas grand-chose d'autre, mais dans les choix fondamentaux et stratégiques, l'Europe n'est rien d'autre qu'une somme de volontés. Parfois convergentes et très souvent divergentes, celles des États-nations. Sur des sujets aussi importants que cette guerre, les égocentrismes doivent être dépassés. Mais pour cela, il faut d'abord avoir la volonté de se mettre d'accord". Q : Avec le président Macron, on ne peut pas se mettre d'accord parce qu'il est plus belliciste que pacifiste ?  R : Je n'aime pas les étiquettes. À mon avis, on peut aussi trouver un terrain d'entente avec lui. Mais il a fait une fuite en avant dont je ne sais pas à quel point elle lui profite, ni à quel point elle profite à cette phase très difficile. C'est une phase qui exige des capacités d'analyse, de la rationalité, des compétences tactiques et diplomatiques. C'est un moment qui n'a pas de précédent similaire dans l'histoire récente. Si nous devons chercher des exemples approchants, ils ont eu des résultats dramatiques : les deux guerres mondiales. Q : La troisième est-elle sur le point de se produire, si les Russes parviennent jusqu'à Kiev ? R : S'ils devaient conquérir la capitale ukrainienne, cela ouvrirait une confrontation dramatique. Et nous aurions le démenti total de ceux qui, même chez nous, répètent : la Russie a aussi ses raisons et, après tout, elle ne voulait que les deux régions russophones. Malheureusement, je crains que Poutine ne veuille toute l'Ukraine et, qui plus est, personne ne peut nous assurer qu'il s'arrêtera à l'Ukraine. Il est clair qu'il a en tête un ordre international dans lequel celui qui est le plus fort prend, quand il le veut, les autres nations. Q : Ne faut-il donc pas y mettre un terme, immédiatement, de la manière qu’E. Macron indique ? R :  Non, nous risquons d'atteindre le point de non-retour. Comme ce serait le cas si Poutine avait également les pays baltes ou la Pologne dans sa ligne de mire, ce qui n'est pas du tout impossible. À ce moment-là, l'OTAN aurait l'obligation, sanctionnée par l'article 5 du pacte atlantique, de se déployer militairement du côté du pays de l'OTAN attaqué.  Je suis toujours enclin à penser que Poutine n'est pas complètement fou. J'espère ne pas me tromper. J'espère, en somme, qu'il n'arrivera pas que la Russie aille plus loin que les folies qu'elle a commises ces deux dernières années. Cela dit, je répète que l'arrivée de troupes ex-soviétiques à Kiev serait un élément totalement déstabilisant pour l'Europe et le monde.  Aider les Ukrainiens à défendre leur territoire était la manière la plus juste de réaffirmer le droit international et la plus rationnelle d'éviter une guerre mondiale. Q : Et concernant le nouveau décret d’aides militaires à l’Ukraine ? R : Nous avons seulement la possibilité d'aider les Ukrainiens à résister avec toute l'aide possible dans les limites de ce qui est possible. Pour avoir le temps et les conditions de construire la trêve et la paix. Sur le contenu du décret, je ne dis rien car, comme tous les précédents, il est secret. Ce qu'il faut faire comprendre à l'opinion publique, c'est que, dans le domaine militaire, la capacité de production italienne et occidentale est, on le voit bien, très inférieure à celle du "côté obscur de la force", c'est-à-dire de la Russie, de l'Iran et de la Corée du Nord. Ces pays se sont transformés en économies de guerre. Nos économies font heureusement autre chose. Mais nous devons nous poser la question si nous voulons être à la hauteur de l'énorme défi qui a été lancé. Les États-Unis consacrent bien plus de 3 % de leur PIB aux dépenses militaires. Le Royaume-Uni vient de déclarer qu'elle voulait dépasser les 2,5 %. La Pologne est à 4 %. La France et l'Allemagne ont atteint 2. L'Italie fait partie des très rares pays de l'OTAN qui se situent bien en dessous de l'objectif que tous les gouvernements de toutes couleurs politiques qui se sont succédé ces dernières années se sont engagés à atteindre. J'ai été la seule voix dissonante à dire à l'OTAN que, compte tenu de l'état de la dette publique et des règles absurdes de la bureaucratie européenne incluses dans le pacte de stabilité, nous aurions des difficultés à atteindre les 2 % qu'il faut plutôt atteindre". Les dépenses de défense devraient être exclues du calcul du déficit, précisément pour éviter qu'elles n'affectent les autres. La seconde est que sans défense, comme le montre l'Ukraine, il n'y aura plus de bien-être, de santé, d'éducation, de liberté. L'Italie doit prendre ses responsabilités et décider ce qu'elle veut être sur la scène internationale. Veut-elle être un pays qui compte ? Ou un pays autruche qui fait l'autruche et s'en remet au hasard ? Ou un pays satellite qui confie sa sécurité, mais aussi sa souveraineté, à d'autres ? Q : Et sur Stoltenberg qui arrive aujourd’hui en Italie, que lui direz-vous ? J'imagine qu'il demandera à l'Italie quel est le chemin à suivre pour atteindre les 2 % de dépenses militaires, ce qui, pour l'OTAN, est une condition préalable qui sera également discutée à Washington lors de la réunion des premiers ministres des pays de l'Alliance atlantique en juillet". (..) Q : Quand l'armée européenne sera-t-elle prête ? R : Pas de sitôt. Nous devons connecter toutes les forces armées des 27 pays. Un travail de titan auquel je crois beaucoup et qui, au niveau des exercices, est déjà en cours. Mais la phase opérationnelle prendra plus de temps. Q : Et sur Israël ? R :  Mon opinion personnelle sur Netanyahou ne compte pas. Ce qui compte, c'est que l'Italie, depuis le début, est du côté d'Israël. Mais nous sommes arrivés à un point où le gouvernement de M. Netanyahou doit comprendre que toutes ces victimes civiles à Gaza ne sont plus acceptables. Beaucoup se rendent compte qu'il est temps de combattre le Hamas d'une autre manière". » 

ARTICLE, Corriere della sera, Giuseppe Sarcina: « Comment défendre Kiev? L’Otan va dispatcher les aides depuis Bruxelles (sans envoyer de troupes) » : « Lors du sommet de juillet, le quartier général de l’Otan prendra la tête du groupe de Ramstein, c’est-à-dire des cinquante pays qui soutiennent l’armée ukrainienne. Un changement pratique (99% de l’aide matérielle provient des membres de l’Otan) mais aussi politique : l’action du bloc occidental doit paraître plus unanime aussi bien aux opinions nationales qu’à Poutine. Du reste, le flanc oriental continue à se renforcer : une réserve de 300 000 soldats prêts au déploiement sera installée d’ici quelques semaines, de la mer Baltique jusqu’à la Bulgarie. Pour empêcher une percée russe et lever la pression sur Kharkiv et Odessa, Lloyd Austin, Secrétaire d’Etat américain à la défense, essaie également de trouver parmi les alliés européens les 25 systèmes anti-missiles Patriot dont l’armée ukrainienne aurait besoin pour protéger son territoire. Malgré la coopération des Espagnols, des Allemands et des Néerlandais, il se heurte encore aux refus grecs et polonais, tandis que Royaume-Uni et Italie comptent envoyer d’autres systèmes de défense. Et si le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken, repris par les généraux de l’Otan, déclare que «il n’est pas trop tard, le nouveau paquet d’aide américain permettra à l’Ukraine de gérer l’offensive russe », le temps reste un facteur crucial. Côté ukrainien, la confiance américaine est nuancée par les craintes de l’Etat major. En effet, d’après l’analyste Michael O’Hanlon, «la progression russe pourrait augmenter d’entre 10 et 20% par rapport au rythme actuel ». 

COMMENTAIRE, Il Foglio, G. Ferrara « La voix de l’Otan, Poutine et les scénarii possibles » : « Si l’Otan avait haussé le ton dès le début, en faisant savoir que si Poutine nous envahissait depuis l’Est, nous entrerions depuis l’Ouest, nous aurions évité un carnage en Ukraine. Moscou se serait contentée de la Crimée, elle aurait haussé le ton pour protéger ses mercenaires et se serait rassise à la table des négociations de Minsk. Au lieu de cela, c'est la voie de l'absurdité logique qui a été choisie. Nous défendons un pays envahi par les troupes russes, mais nous ne sommes pas en guerre avec la Russie…c’est absurde ! Tajani (Forza Italia) et même Crosetto (Frères d’Italie), irrités par l'aventurisme de Macron, le répètent tous les jours. Mais la conséquence c’est que la Russie est déjà en guerre contre nous, et si elle venait à percer le front, elle nous contraindrait à devoir réparer les dégâts de l'absence de dissuasion, ce pari de l’"ambiguïté stratégique" d'Emmanuel Macron et probablement des Britanniques, n'excluant pas une intervention directe pour défendre un pays qui se veut européen et atlantique. Macron a sûrement beaucoup de défauts, mais on ne peut pas dire qu’il ne nous aura pas avertis : l’OTAN a un encéphalogramme plat. Elle a armé au compte-goutte un pays de 40 millions d’habitants face à une puissance qui possède dix fois son espace, ses ressources et ses armements. L’Ukraine martyre, est une expression hypocrite des pacifistes de tout bord, alors que le despote du Kremlin a bien conscience des faiblesses de l’Europe, aux prises avec ses incertitudes, ses campagnes électorales et ses divergences d’intérêts. »

ARTICLE, La Repubblica, A. Ginori « Une trêve olympique et les négociations, les pressions de Macron sur Xi pour freiner la guerre du Tsar. »

(Traduction : ambassade de France à Rome)

Les commentaires sont fermés.