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13/09/2022

Premier débat en face-à-face entre Enrico Letta et Giorgia Meloni.

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Italie. Revue de presse.

La presse italienne titre largement sur la campagne électorale et notamment sur le premier débat en face-à-face entre Enrico Letta (PD) et Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) hier sur le site internet du quotidien Corriere della Sera : « Droits et UE, le défi entre Meloni et Letta » - Les deux adversaires se sont affrontés et restent divisés sur le Plan de relance national. Salvini critique son alliée : tu tergiverses sur le recours à l’endettement pour contrer la hausse des factures. Calenda déplore un débat dépourvu de bon sens (Corriere della Sera), « Meloni et Letta divisés sur l’UE et sur le plan de relance » - Une confrontation sans échanges trop vifs au cours duquel la leader de Fdi a insisté sur le présidentialisme alors que pour Letta les élections représentent « un choix aussi grave que le vote sur le Brexit » (Il Messaggero), « Salvini : continuons avec les sanctions mais il faut que l’Europe compense [les retombées économiques » - Le leader de la Ligue demande l’aide de l’Union pour affronter les conséquences économiques d’une posture anti-Poutine (Il Giornale). La rencontre, hier au Vatican, entre le Pape François et les patrons italiens est aussi citée, notamment pour l’appel à défendre un impôt progressif et « partager la richesse » avec les plus pauvres « Le Pape : il faut créer des emplois et donner la priorité aux jeunes » (Sole 24 Ore), « L’appel du Pape : plus d’argent aux jeunes et aux femmes » (La Stampa). Enfin, la présentation du plan de la Commission sur l’énergie dans la perspective du discours sur l’Etat de l’Union fait la Une du quotidien La Repubblica « L’UE éteint la lumière » - La Commission proposera une réduction obligatoire des consommations électriques laissant à chaque pays membre le choix de décider des créneaux horaires (La Repubblica).

Les JT couvrent essentiellement l’avancée des forces ukrainiennes sur les forces russes et les propos du Président Zelensky excluant des négociations jusqu’à la libération des territoires. Le débat entre les candidats Giorgia Meloni et Enrico Letta en vue des élections législatives à la fin du mois, le deuxième décret d’aides aux familles et aux ménages qui sera examiné aujourd’hui au Sénat, les annonces de Bruxelles sur de possibles réductions obligatoires de la consommation d’électricité et le cortège funèbre de la Reine Elisabeth II qui se poursuit vers Londres sont également des sujets traités par les JT.

ARTICLE/ENTRETIEN, Corriere della Sera « Famille, Europe, réformes : frictions entre Meloni et Letta » : « Nous avons assisté à un débat qui a duré une heure et demie, avec des règles bien strictes : les mêmes questions et deux minutes et demi chacun pour y répondre. Quelques extraits des réponses de Giorgia Meloni (GM) et Enrico Letta (E.L)

Q. Dans les deux coalitions, il y a de fortes critiques à l’encontre du soutien à Kiev et des doutes sur les sanctions.

E.L Les sanctions sont en train de fonctionner, même si elles ont des répercussions sur notre économie, elles demeurent le seul instrument à notre disposition pour freiner la Russie, aujourd’hui. Nous sommes en faveur de la résistance ukrainienne.

G.M. Dès le début, notre position a été claire, nous n’avons montré aucune hésitation. Et il ne fait aucun doute que les choses resteraient ainsi même avec un gouvernement de droite. Mais l'Italie doit garder la tête haute en Europe et à l'OTAN.

Q. Comment peut-on sauvegarder les intérêts nationaux en Europe ?

G.M. Notre position est le principe de subsidiarité. Nous voulons une Europe dans laquelle l'Italie peut également défendre ses intérêts. L'axe de l'UE entre Paris et Berlin doit être rééquilibré. Par exemple, les sanctions ont un impact plus important sur certains pays que sur d'autres et nous demandons un fonds de compensation pour aider les pays les plus exposés.

E.L. La raison pour laquelle l'Europe ne fonctionne pas est que les conservateurs et certains pays ne veulent pas de décisions prises à la majorité. Le droit de veto, qui plaît à la Hongrie et à la Pologne, par exemple, et qui est souvent utilisé contre l'Italie, doit être supprimé. Ils se sont opposés au « Next Generation Eu » qui a ensuite permis la mise en place du Plan de relance italien. Nous ne voulons pas d'une Italie qui met son veto, mais d'une Italie qui compte. Et les positions de Salvini et de Berlusconi, proches de Poutine, sont un problème : notre crédibilité à Bruxelles est en danger.

Q. Concernant le Plan de relance national, à quel point est-il possible de le modifier ? Risque-t-on de le mettre en danger ?

E.L Si nous renégocions les fonds européens pour notre Pnrr, le message est que nous ne sommes pas fiables et je suis contre cette idée d'une Italie non fiable. Fratelli d'Italia n'a jamais été en faveur, dans les démarches officielles, du Next Generation Eu.

G.M. Le Portugal aussi a demandé la révision, et Gentiloni a répondu "très bien". Nous n'étions pas contre le Next Generation mais contre le MES. Et si nous nous sommes abstenus, c'est parce que le texte nous a été remis au Parlement une heure seulement avant le vote. L'argent du PNRR vient, pour une part, de prêts. Lorsque nous avons demandé à quel taux d'intérêt ils étaient accordés, Gentiloni ne nous l'a pas dit.

Q. Les partis sont en train de faire des promesses électorales, qui coutent des dizaines de milliards. Court-on le danger de recourir à l’endettement public ?

E.L. Nous avons fait une seule proposition pour réduire les impôts, les taxes sur le travail, afin d'avoir une quatorzième mensualité à la fin de l'année...

G.M. Nos plans sont réalisables : nous proposons une réduction d'impôts avec une flat tax progressive. Nous sommes favorables à la réduction des charges salariales. Mais il n'y a pas d'amnistie fiscale dans notre programme.

Q. Comment est-il possible de régler les flux migratoires ?

G.M. Les gouvernements précédents n'ont arrêté ni les migrants irréguliers ni permis aux réguliers d'entrer. Une mission européenne est nécessaire pour négocier avec les gouvernements d'Afrique du Nord afin d'empêcher les bateaux de partir et d'ouvrir des « hotspot » en Afrique pour accueillir les migrants.

E.L.  Je constate que la formule du blocus naval n'a finalement pas été utilisée [par Giorgia Meloni, ndlr]. C'est tellement évident que c'est inapplicable : celui qui aspire au gouvernement d'un grand pays européen ne peut pas dire de telles choses. Nous avons besoin d'intégration, de la citoyenneté octroyée grâce aux études faites (ius scholae) et de la réouverture du décret sur les flux. Mais Orbán et la Pologne, avec leur veto, ont toujours bloqué les politiques de l'UE en la matière.

G.M. Mais Macron bloque les frontières, alors que la Pologne se fait charge des réfugiés ukrainiens…

Q. Mme Meloni, quelle est votre position sur les droits civils ?

G.M. Il y a eu beaucoup de désinformation dans cette campagne électorale. Sur l’IVG : nous n'avons jamais proposé de l'abolir, ni même de la modifier, mais seulement de l'appliquer en garantissant sa pleine mise en œuvre, c'est-à-dire le soutien aux femmes qui choisissent de ne pas interrompre leur grossesse. En ce qui concerne les droits des homosexuels, il existe des unions civiles et elles sont très bien. Je ne suis pas d'accord avec le droit des homosexuels d'adopter parce que les enfants qui ont déjà souffert doivent se voir garantir le maximum, qui pour moi est un père, une mère, la stabilité du couple (…) »

COMMENTAIRE, Corriere della Sera, M. Franco « Un débat sans échanges vifs, entre deux Italies qui se trouvent en désaccord » : « Le ton utilisé hier par G. Meloni et E. Letta a offert un bol d’oxygène en faisant preuve de politesse politique dans une campagne électorale marquée par les insultes et les accusations. Cela a permis de mesurer aussi les distances culturelles entre la principale représentante de la droite et le principal dirigeant de gauche. Pendant ce débat d’une heure et demie, leur position ne se sont pas rapprochées, au contraire. On a la sensation de plus en plus claire qu’un gouvernement d’unité nationale ne verra pas le jour, au lendemain du 25 septembre. Il n’y a ni l’espace ni la volonté de le faire. Toutefois, les deux ont confirmé une cohérence sur les choix de politique intérieure et internationale. Elles sont différentes non pas sur l’atlantisme mais plutôt par rapport aux relations avec les institutions européennes. La prudence avec laquelle ils ont parlé de leurs alliés (ou ex-alliés) respectifs souligne à quel point il s’agit d’un terrain glissant. Les critiques de Salvini contre Meloni se poursuivent et les réassurances de Berlusconi disant que Forza Italia sera le garant de l’européisme dans la coalition de droite, alimentent le doute sur la crédibilité internationale de la dirigeante de Fratelli d’Italia. A gauche, Calenda et Renzi attaquent et délégitiment quotidiennement Letta. Pour cette raison, la tentative de concentrer la campagne électorale exclusivement sur Meloni et Letta demeure un mirage, en attendant que les électeurs se prononcent. »

COULISSES, La Repubblica, de C. Tito, de « Le vrai visage de Fratelli d’Italia fait peur aux chancelleries ‘’il faudra qu’elle collabore ou non réagirons’’ » : « Les institutions européennes et quelques-unes des plus importantes chancelleries en Europe continuent à se demander quel est le vrai visage de Giorgia Meloni. Suite à son meeting dimanche dernier à Milan et à certains propos comme ‘’la fête est finie’’, les doutes concernant son ‘’européisme’’ se ravivent. Ces questions ne manqueront pas d’agiter les discussions informelles en marge de la session parlementaire à Strasbourg, et au sein du PPE beaucoup devraient demander des explications à Antonio Tajani. Ces derniers temps, les éléments rassurants distillés par la leader de Fratelli d’Italia avaient induit Bruxelles à une sorte de ‘’trêve implicite’’ ouvrant la porte à une possible ‘’coopération constructive’’ pour peu que Giorgia Meloni respecte les règles européennes. Le meeting de dimanche dernier a relancé les doutes en Europe et l’impression des institutions européennes n’est pas tellement positive. Ce n’est pas un hasard si le commissaire aux affaires économiques Paolo Gentiloni a éprouvé le besoin de rappeler que ‘’la mise en œuvre efficace du plan de relance européen et du PNRR est fondamental pour notre résilience et éviter les divergences au sein de l’UE“. Tout propos déplacé ravive la peur que les idées de Fratelli d’Italia n’aient été édulcorées uniquement dans le but de remporter les prochaines élections. Ce n’est pas tout. Les Populaires ont noué une alliance avec les Conservateurs, présidés par Meloni à Bruxelles. Le PPE utilise le groupe de droite pour contenir les socialistes et maintenir leurs positions de pouvoir. Mais on commence à se demander si les Conservateurs guidés par FDI ne pourraient pas céder à l’attraction fatale des Tories anglais, atlantistes mais anti-européens. Hier Giorgia Meloni a réaffirmé sa vision de l’Italie ‘’fermement ancrée dans sa dimension occidentale, européenne, au sein de l’OTAN, tout en défendant son propre intérêt national’’. Demain le chef de groupe de l’ECR, Raffaele Fitto, tentera d’expliquer que la position de Giorgia Meloni sur le futur de l’UE ne changera pas après la campagne électorale. Il s’efforce depuis des mois de distinguer les positions de FDI de celles de Matteo Salvini. L’éventuel prochain gouvernement de droite devra toutefois se souvenir que dès lors qu’il s’éloignera des règles européennes, la ligne budgétaire de l’Italie sera immédiatement fermée. Il suffira que la BCE sourcille sur notre dette publique pour que le spread explose et que nos comptes deviennent insoutenables. »

ARTICLE, La Stampa, M. Bresolin « Les deux visages de Meloni à l’égard de l’UE » : « Sur l’Europe mais pas seulement, Meloni a alterné des positions modérées à des rappels au souverainisme. ‘’Nous respecterons les traités’’ rassure-t-elle, mais dégaine ensuite la carte de l’identité : ‘’l’Italie se fera respecter’’. Ce double registre a été repris ces dernières années au Parlement Européen. Dans ses discours, le sujet de la relation entre Paris et Berlin revient régulièrement. La semaine passée, à Florence, elle a même fait référence aux ingérences de l’Elysée sur la vie politique italienne. Quand Meloni a critiqué l’opposition de Letta à l’idée d’une réforme pour instaurer le présidentialisme, elle a dit ‘’pourtant, les Français ne vous semblaient pas aussi autoritaires quand ils vous aidaient à rester au gouvernement, même quand vous perdiez les élections’’. L’idée qui circule au sein de Fratelli d’Italia est que le PD ait voulu volontairement ignorer l’intérêt national en échange de la protection politique de la part de ‘’nations amies de la gauche italienne’’ (dixit Meloni). Plusieurs évoquent ainsi les légions d’Honneur remises à des ‘’personnalités du PD’’ en échange (voici le raisonnement) de faveurs au gouvernement de Paris. A Bruxelles, les diplomates des différentes délégations expriment leur inquiétude sur les effets possibles d’une rupture des relations entre Paris et Rome. ‘’Au moment où il faudra avoir besoin d’autres instruments de dette commune pour affronter la crise énergétique, le soutien de Macron sera fondamental. Comment Meloni pense-t-elle de pouvoir remporter ce match toute seule ?’’ ».

COMMENTAIRE, La Repubblica, d’A. Bonnani, « Caméléons d’Europe » : « Giorgia Meloni se félicité du succès électoral de l’extrême-droite suédoise à travers Jimmie Akesson, chef d’un parti aux racines néonazies, comme Fratelli d’Italia a des racines néofascistes. Mais les deux leaders ont avant tout en commun leur extraordinaire capacité de dissimulation. Akesson, un extrémiste jusque-là tenu à distance y compris par les droites démocratiques, a réussi à se faire passer auprès des électeurs pour un ‘’suédois lambda’’ qui souhaite de l’ordre, de la discipline et, naturellement, l’arrêt de l’immigration. C’est la même opération de camouflage qu’avait réussi Matteo Salvini et qu’est en train de réussir Giorgia Meloni. En Europe, on commence à s’apercevoir que nos systèmes démocratiques sont relativement démunis face au venin de la dissimulation. Les mensonges à l’électorat potentiel est de plus en plus diffus, surtout depuis que Berlusconi et les droites dites ‘’libérales’’ se sont alliées avec les droites populistes et autoritaires. Giorgia Meloni nie être fasciste, ou vouloir réduire la discipline budgétaire, elle nie être pro-Poutine alors que sa coalition est guidée par les meilleurs amis du despote russe, elle nie être contre les droits des femmes alors qu’elle prêche les valeurs de ‘’Dieu, Patrie et Famille’’, elle nie être anti-européenne mais prétend renationaliser l’Europe et dirige à Bruxelles le parti eurosceptique créé par ceux qui ont voulu le Brexit,… L’Europe a déjà fait l’expérience de cette duplicité. La Pologne et la Hongrie ont depuis plusieurs années fait table rase de la presse d’opposition, assujetti les juges au pouvoir politique, remis en discussion les droits sexuels des minorités, interféré avec la liberté d’enseignement et d’entreprise, construit des murs et des grillages contre les migrants non-chrétiens, non-aryens. Giorgia Meloni n’invente rien, elle copie. Tout cela empoisonne le processus démocratique, en Italie comme en Europe. Si la vérité nous rend libre alors la dissimulation est le premier ennemi de la liberté. »

ARTICLE, Sole 24 Ore, M. Ludovico « Le gouvernement travaille au cinquième décret concernant les aides pour l’Ukraine » : « Le cinquième décret concernant l’envoi d’armes à l’Ukraine est prêt. Il s’agit d’un décret interministériel concernant la Défense, les Affaires étrangères, l’Economie et les Finances. On attend juste le signal de la part du président du Conseil, Mario Draghi, qui pourrait arriver la semaine prochaine ou celle d’après. L’Italie a pris des engagements formels et partagés auprès de l’Otan, en soutien de Kiev, à l’aéroport militaire allemand Ramstein. Par ailleurs, laisser au prochain exécutif l’adoption du décret aurait signifié attendre plusieurs mois, jusqu’à l’arrivée de l’hiver, ce qui aurait représenté une contradiction avec les accords pris le 8 septembre dernier à Ramstein. Bien qu’il s’agisse d’un exécutif sortant, comme nous l’explique un ancien ministre de la Défense Mario Mauro ‘’le président Draghi a fait en sorte que l’Italie soit le deuxième pays européen en fournitures d’armes à l’Ukraine à partir de l’artillerie qui s’est révélée décisive. ‘’. Il aurait été difficile de se défiler de ce rôle et de ces positions atteintes. »

(Traduction : ambassade de France à Rome)

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Enrico Letta (à gauche) et Giorgia Meloni (au centre)

(https://www.youtube.com/watch?v=lPSpRnsTrAM)

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