"Kiev, le plan divise Meloni et Macron."
03/03/2025
Italie. Revue de presse.
Les Unes du jour sont consacrées à l'Ukraine « Kiev, le plan divise Meloni et Macron » (Corriere della Sera), « « Ukraine, un mois de trêve » » (Repubblica), « Trêve d'un mois en Ukraine » (Stampa), « Ukraine, un plan européen » (Messaggero), « Occident, dernier appel » (Giornale), « Emmanuel Macron parle » (Foglio).
Le sommet de Londres. Corriere della Sera « une coalition de volontaires, l’initiative franco-britannique pour la paix au sommet avec 19 dirigeants. Un sommet qui était censé débriefer des rencontres avec la Maison Blanche s’est ensuite transformé en un passage crucial pour articuler une première réponse aux secousses de Trump aux certitudes qui prévalaient, jusque-là, dans l’ordre international. Londres, mais aussi Paris, semblent penser qu'au vu de la situation dramatique actuelle, les liturgies de l'UE appartiennent au passé et qu'il est nécessaire d'adopter des formats différents et flexibles. L'ancien ordre est en train de mourir et le nouveau est en train de naître. ». Il Foglio – « la coalition des volontaires : l’Europe doit grandir ou elle sera vouée à la mort. Les décisions qui seront adoptées dans les prochains jours détermineront l’existence ou pas de l’Europe comme acteur géopolitique, qui soit à la hauteur de son poids économique et démographique et militaire ». La Repubblica : « Une entente Londres-Paris pour arriver immédiatement à une trêve d’ici un mois Le Premier ministre britannique et E. Macron veulent convaincre Trump de ne pas abandonner Kiev. Ils ont pris le commandement des opérations en Europe pour rendre le Vieux Continent une puissance également défensive et ramener l’Ukraine de Zelensky à la table des négociations entre les Etats-Unis et la Russie. »
Le positionnement de Rome. Corriere della Sera : « A Londres, Meloni propose une troisième voie, celle italienne et elle le fait avec un point de presse long et inhabituel : le but est d’éviter le désengagement américain. Meloni freine sur le plan franco-britannique et invite à « éviter la rupture avec les Etats-Unis ». En effet, selon la Présidente du Conseil, « on a voulu courir trop vite » et il faut freiner cette fuite en avant, au prix de déclasser ce que son hôte qualifie de « plan » à de simple « propositions » ». Repubblica : « Froide sur l’hypothèse d’un accord de paix franco-britannique. Elle annonce qu’elle va bientôt à Washington. Pour la première fois depuis des semaines, elle dit ce qu’elle pense vraiment. Ceci : l’Italie ne veut pas et ne peut pas renoncer aux Etats-Unis. Elle a besoin de son parapluie nucléaire. Elle veut éviter une guerre commerciale avec Washington. Elle ne croit pas que l’Europe puisse remplacer son allié en se défendant seule. Et elle estime qu’il est vital, notamment pour défendre l’Ukraine, de s’en remettre encore à Washington. Pour cela, elle évoque un article cinq de l’OTAN "light" pour décourager de nouveaux assauts à Kiev, une fois la trêve avec Vladimir Poutine signée ». Stampa « Meloni et les tensions avec les partenaires européens » : « la présidente du Conseil veut se libérer de cette image qui la voit écrasée par l’initiative Macron-Starmer et fait savoir qu’elle croit peu à la solution proposée par ces deux derniers ». « le désir de jouer un rôle de négociateur transatlantique de Meloni est illusoire : Trump veut mettre les pays membres de l’UE les uns contre les autres ». Il Messaggero « avec Starmer et Macron, Meloni a eu un dialogue « long et franc », utile pour marquer ses différences sur l’envoi de troupe en Ukraine. Elle tient à dire que « cela n’a jamais été à l’ordre du jour », une façon aussi sur le volet national, où Salvini ne perd une seule occasion pour « tirer » contre Macron et von der Leyen ». Domani: « L’activisme peu concluant de Meloni masque une fragilité : avec l'échec de sa stratégie de « pont » entre l’Europe et les Etats-Unis, elle se retrouve sans rôle clair, tiraillée entre les deux rives de l’Atlantique. En dépit de la relation spéciale Trump-Meloni, aucune concession commerciale de Washington n’est à prévoir sur les droits de douane. Sur le plan interne, la cheffe du gouvernement est sous pression, prise entre Tajani et Salvini. Sa marge de manœuvre s’amenuise et trois choix s’imposent : s’aligner sur la consolidation de l’intégration économique de l’UE, suivre au moins partiellement la ligne Paris-Londres-Berlin en politique étrangère, et assumer une hausse des dépenses militaires. Des décisions, en particulier la dernière, qui la placeraient en minorité dans l’opinion et raviveraient les tensions au sein de sa coalition. » Il Giornale : « Alors que Macron insiste sur une « Italie forte » alignée sur Draghi et sur le « consensus émergent » autour d’une défense européenne intégrée, Meloni se positionne en pivot entre l’Europe et les États-Unis. Un axe émergent se dessine avec Starmer et Tusk, ce dernier soutenant la proposition italienne d’un sommet Europe-États-Unis. Avec Starmer, Meloni se dit « prête à tout pour maintenir l’unité occidentale » : Rome et Londres ne veulent pas d’un découplage transatlantique, sans pour autant relâcher leur soutien à l’Ukraine. Une inquiétude demeure au Palais Chigi: l’impact des hausses des droits de douane annoncées par Trump »
L’initiative française. Corriere della Sera : « l’appel de Macron pour l’envoi de soldats « nous voulons l’Italie à nos côtés ». Macron continue de lancer des messages à Giorgia Meloni, dans l’espoir d’impliquer l’Italie dans un rôle de premier plan dans la nouvelle Europe qui tente de naître et qui est appelée à marcher sur ses propres jambes. Paris cherche Rome en attendant que l’Allemagne de Merz relance le duo franco-allemand. L’invitation de Paris à Rome était naturelle avec l’Européen Draghi, cela reste nécessaire avec la Patriote Meloni. Si Macron s’est rendu à la Maison Blanche, c’est aussi il partage les efforts de l’Italie. Reste à trouver un point d’équilibre entre commencer à faire seuls en tant qu’Européens et privilégier encore le lien avec les Etats-Unis. Macron cherche Meloni, mais le président français fait pression sur le premier point, alors que la Présidente du Conseil fait tout son possible pour assurer le second point. Encouragé par les concessions de l’Allemand Merz, Macron fait pression sur sa vision d’une défense européenne jusqu’ la mises à disposition du « parapluie nucléaire français » pour l’avantage de tous les partenaires de l’Union : si les Etats-Unis devaient retirer leur protection, la France pourrait remplacer ce rôle. »
L’Italie et l’Ukraine. Repubblica : « Sondages. Donald Trump [est globalement perçu] comme une menace pour la démocratie et pour l’UE. Sa popularité est tout de même de 29%, soit 5 points de plus que l’année dernière. La popularité de Poutine, dernier du classement, passe de 10% à 17% en un an. L’indice de confiance du président ukrainien a été réduit de moitié, passant de 53% à 27% depuis le début du conflit, et se plaçant donc derrière Donald Trump’’. ‘’La popularité d’Elon Musk stagne autour des 20%’’. ‘’La perception de la guerre en Ukraine ainsi que des pays et des leaders impliqués a beaucoup évolué depuis 2022, avec pour conséquence d’affaiblir la position de l’Europe et de l’Italie’’. ‘’Les électeurs de la Ligue se distinguent comme les soutiens les plus convaincus du nouveau président américain (72% de consensus), suivis de l’électorat de Fratelli d’Italia (60% de consensus)’’. ‘’Dans l’ensemble, 70% des interrogés estiment que D. Trump n’accordera pas une place plus importante à l’Italie sur la scène internationale’’. ‘’Ce problème concerne directement la Présidente du Conseil Giorgia Meloni qui a jusqu’à présent exprimé sa proximité vis-à-vis de positions différentes, une position d’équilibriste entre deux visions qui pourraient s’avérer incompatibles. »
Messaggero : « Des manifestations en soutien à Kiev. L’absence du Mouvement 5 Etoiles fait parler et pose question’’. ‘’Hier Carlo Calenda, leader d’Azione, avait appelé à manifester pour réprouver le piège tendu à V. Zelensky par D. Trump, et plaider pour des Etats-Unis d’Europe. Les divisions au sein du centre-gauche ont toutefois émergé à cette occasion, par exemple sur la question d’une armée européenne, à laquelle s’oppose le leader 5 Etoiles Giuseppe Conte’’. ‘’Hier, 3 000 personnes ont manifesté à Rome et 10 000 dans toute l’Italie’’. Le Mouvement 5 Etoiles n’a pas participé. Le Parti démocrate et +Europa étaient représentés, l’ancien président de la Chambre Pier Ferdinando Casino était présent. AVS et Italia Viva n’étaient pas présents non plus, même si Matteo Renzi a qualifié l’initiative ‘d’appréciable’. ’’Carlo Calenda plaide pour un ‘bouclier démocratique’ pour faire barrage aux ingérences étrangères’’. ‘’Une autre manifestation ‘pour l’Europe’ est prévue pour le 15 mars, sans couleur politique particulière, à laquelle ne participera toutefois pas Forza Italia. Le M5S se concentre quant à lui sur sa mobilisation prévue le 5 avril, pour laquelle une participation du PD n’est pas exclue. » - Repubblica : « La mobilisation des principaux italiens syndicats CGIL, CISL et UIL. La secrétaire générale de la CISL Daniela Fumarola exhorte Bruxelles à ‘se réveiller’. Les syndicats descendront dans les rues et manifesteront sans drapeau ‘pour la liberté et l’unité des peuples européens’ lors de la manifestation du 15 mars. ». Messaggero, Pina Picierno, membre du Parti démocrate, vice-présidente du Parlement européen : ‘’L’Europe se construit à travers les crises, le Mouvement 5 Etoiles a d’autres priorités’’. ‘’Concernant les divisions au sein du PD, j’espère la violence dont on fait preuve D. Trump et JD Vance fera comprendre l’urgence de la situation actuelle’’. ‘’L’UE a tous les outils pour parvenir [à traverser ce moment] : le champ sera défini par ceux qui défendent les démocraties libérales.’’ »
Quotidiano Nazionale, Tommaso Foti (Frères d’Italie), ministre des Affaires européennes : « L’appel de samedi soir avec Trump, le troisième bilatéral avec Starmer hier : grâce à Meloni, l’Italie est toujours de plus en plus centrale sur la scène internationale. Sur l'idée que le Président du Conseil serait pris en étau entre le trumpisme de Salvini et l'européisme de Forza Italia, celle au sein de la majorité est dialectique pure, contrairement au chaos qui règne dans l’opposition. L’attitude mesurée de Meloni après la rencontre Trump-Zelensky s’explique par la nécessité de discrétion pour renforcer notre rôle d’intermédiaire dans un monde en pleine recomposition géopolitique. Il faut cesser de voir la politique étrangère comme un match de foot : notre objectif est de restaurer le dialogue et de défendre un Occident uni, renforçant les relations transatlantiques. L’UE a trop misé sur la régulation et a perdu de vue son rôle politique, ce qui l’a affaiblie sur les plans industriel et international. Aujourd’hui, elle doit retrouver son poids stratégique à travers sa présence aux négociations de paix. L’envoi de troupes en Ukraine ? Ce n’est même pas une hypothèse, il faut d’abord imposer le silence des armes ».
(Traduction : ambassade de France à Rome)


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